┤ Deborah De Robertis invite ├

Opening 31.03.16 > 18.00 h

Show 01.04.16 > 07.03.16

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Pour cette carte blanche, Deborah De Robertis a choisi d’inviter les ‘artistes de sa famille’. Comme elle, Rim Battal, Nina El Polin, Laurette Massant, Camille Moravia et Tareq de Montfort ont en commun de chercher à définir de nouveaux modèles.

Ne vous y trompez pas. Cette exposition n’est pas une énième proposition de nus qui englobe tous les fantasmes érotico-socio-culturels sans discernement au nom d’un exhibitionnisme faussement provocateur. Les artistes présentés vont plus loin et sont plus précis dans leur propos. Il est ici question de ‘nudité politique’ selon l’expression de la philosophe Geneviève Fraisse.

Les interventions récentes de Deborah De Robertis dans les lieux officiels de l’histoire de l’art ne se réduisent pas à un happening subversif. L’action intervient dans les musées car elle vise à une remise en question du rapport au corps, du rapport au sexe tels qu’ils sont considérés et abordés par l’histoire de l’art. Il est ici question d’un renversement du point de vue habituel sur la nudité. L’artiste en se mettant à la place de l’œuvre provoque une inversion des rôles. Cette inversion regardeur/regardé va bien au-delà de la simple nudité, elle remet en cause tout notre rapport à la culture telle qu’elle est consommée dans les musées et autres institutions culturelles. Les œuvres un temps subversives sont désormais sédentarisées, sanctuarisées dans ces lieux d’art. Nous les contemplons comme les vestiges d’une époque révolue en oubliant le plus souvent le décalage avec la réalité contemporaine pour ce qui concerne les sujets représentés. Ces représentations – même si avant-gardistes lors de leur création- ont été ingérées par le système culturel de popularisation des œuvres et validées par l’histoire de l’art. Il manque toutefois la prise de recul vis-à-vis du contexte actuel, l’empathie avec les modèles – qui sont ces femmes dénudées ? Que ressentent-elles ? On s’intéresse au propos de l’artiste, peu à celui du modèle considéré comme passif.

Selon Geneviève Fraisse, « il semble que les sexes n’appartiennent pas à la question historique. La raison peut être comprise simplement : appartenir à l’histoire, c’est imaginer sa possible transformation, un demain différent d’aujourd’hui. C’est ainsi que ma seule ambition philosophique est de convaincre de l’historicité des sexes. Et la subversion, toute subversion en est la conséquence logique. »  (1)

Le caractère transgressif des œuvres choisies par Deborah De Robertis est devenu un morceau de l’histoire de l’art, presque une anecdote qu’on sussure à l’oreille des enfants face à l’œuvre – mais que peuvent penser les enfants hors de ces contextes historiques imposés par les musées. Les artistes de cette exposition sont seuls maîtres de leur corps, de leur nudité, de leur sexe et s’expriment grâce à lui. Ils militent sur différents sujets qui ont en commun la reprise en main de leur propre corps avec tout ce qu’il induit, ce qu’il représente, ce qu’il produit. Ils choisissent d’affronter le spectateur avec tout ce qu’il représente et c’est là qu’intervient la critique du contexte socio-politique. Ils s’attaquent chacun à sa manière à la façon de regarder, et donc à la censure dans ce qu’elle a de plus invisible. Ils posent des gestes, des actes en vis-à-vis à l’hypocrisie du regard de nos sociétés post-modernes.

Deborah De Robertis interroge nos habitudes de regard sur la nudité féminine et les mécanismes de censure dans les institutions. Elle met en scène la représentation de son propre corps et questionne les paramètres de validation et de normativité de l’œuvre d’art. À travers sa série de photographies intitulée Mémoire de l’origine, l’artiste donne non pas un visage, mais un regard au célèbre tableau de Courbet.A travers la série l’artiste incite à considérer une autre réalité que celle a laquelle nous nous étions habitués. La performance donnée le 29 mai dernier au Musée d’Orsay affirmait un point essentiel de sa démarche : en ajoutant un regard au tableau, Deborah De Robertis invite au discours, elle «adresse le regard» comme on «adresse la parole».

Rim Battal combine la littérature, la poésie, la photographie et installations: chacun de ces médias l’aide à faire progresser sa réflexion sur le corps de la femme aujourd’hui.
« Comme une bête destinée à l’abattage, le corps de la femme est compartimenté, découpé, distribué à tous. Le corps de la femme est un territoire colonisé: par la religion, la société, la publicité, la tradition, la superstition…etc. qui en fait la coquille de l’honneur, l’incarnation tour à tour origine du mal ou de la vie, écrin des honneurs en mal d’incarnation, de l’érotisme. »

Nina El Polin est graffeur et travesti. Personnage subversif autant que revendicatif, elle s’invite dans des espaces urbains et artistiques en y laissant les traces d’actions éphémères, politiques et intimes. Son travail questionne la transgression dans l’art et la vie au quotidien, il est un point de vue critique et atypique sur la manière dont le graffiti est donné à voir par les institutions, ainsi que sur les possibilités pour l’artiste issu de la rue, d’accéder a un public diffèrent en restant intègre.

Laurette Massant née en 1985 est une artiste pluridisciplinaire qui utilise l’art vidéo, la performance, le dessin, les installations. Elle exploite ces techniques pour exprimer une vision globale d’une image qui, d’une part, prend ses racines dans les théories du philosophe français René Girard et, d’autre part, qui provoque une discussion au sujet de la représentation de la femme dans notre culture occidentale.



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